Voix d’hommes !

Je vous le mets en japonais ?

函館男声合唱団

C’est dit !

Chorale de voix d’hommes de Hakodaté. C’est ainsi que je traduis. Voilà près de six mois que j’ai intégré ce groupe.

J’avais entendu quelques uns de leurs concerts au centre culturel de la ville de Hakodaté. Non pas que je sois un expert en matière de chant chorale, mais je dois bien avouer que j’en ai apprécié l’ambiance. Les chants étaient en japonais. Autant dire que je n’ai pas compris grand chose ! Cependant, j’ai eu le loisir de scruter les visages de ces chanteurs anonymes. Je n’avais pas de jumelles, mais je les ai reconnus. Monsieur Misumi ! Incroyable : il a même chanté en soliste. Depuis près d’un an, je l’accompagnais avec sa famille dans son désir de devenir catholique. Mais, n’est-ce pas mademoiselle Hatanaka au piano ? Mais oui. D’habitude, je la rencontre comme organiste à l’église. Mais là haut, chez les baritons, c’est son frère qui chante. Je ne l’avais rencontré que deux fois : une fois comme médecin à l’hôpital municipal de Hakodaté alors que je venais donner le sacrement des malades à sa mère, mourante, et l’autre fois, à ses funérailles. J’ai repéré d’autres personnes encore que je connaissais pour les fréquenter également à l’église.

函館合唱団演奏会
函館合唱団演奏会

Alors l’année passée, je me suis adressé à monsieur Misumi au sortir de la messe dominicale de 7 heures : « C’était super votre concert hier » lui dis-je. Et il était ravi que je lui fasse ce compliment. Mais encore plus lorsque je lui souffle, dans l’expectative : « Vous croyez que je pourrais faire partie de votre chorale ? » Il n’aurait pas fallu que j’en dise plus pour remuer Ciel et Terre. Comme s’il n’attendait que cela. Tapis rouge, je vous dis. Monsieur Iyami ainsi que Monsieur Shima, les deux chefs qui s’occupent de ce groupe ont été à leur tour ravi de me voir débarquer.

Mais, pas fier, j’étais plein d’une multitude d’inquiétudes. Oui je sais que je me débrouille en chant. Mais de là à faire partie d’une chorale, renommée s’il en est, de japonais qui chantent en japonais, j’étais attentiste.

Nous sommes une quarantaine d’hommes. Monsieur Iyami a testé ma voix pour ma placer dans le bon groupe : je serai bariton. J’espérais être basse, mais j’ai une voix de bariton. Bon. La floppée de photocopies et les cahiers de partitions achetés, nous voilà partis dans les répétitions. Je n’y comprends rien, mais je m’accroche. Finalement, après trois ou quatre séances, je commence à comprendre ce qui se passe.

Je dois dire que je suis parfois inconscient. Deux grandes difficultés m’ont guetté. La première qui n’est pas la moindre, c’est le japonais. Si je connais le japonais quotidien et le japonais religieux, celui de la littérature, de la poésie et du chant m’est encore étranger. Même si je peux chanter phonétiquement, il est préférable de saisir, voire de vivre ce que l’on chante pour l’exprimer de la meilleure façon. Et ce n’est pas acquis d’emblée. De toute façon, rien n’est acquis en japonais : c’est une recommencement permanent. Il me faut donc étudier le japonais que je chante, c’est un défi de plus. La deuxième difficulté tient à la musique elle-même. En effet, même si je sais plus ou moins lire une partition musicale, il m’est difficile d’en chanter une sans l’aide d’un instrument qui porte ma voix. A mon grand désespoir, mais aussi à ma grande chance, tous les choristes m’entourant semblaient maîtriser le chant à la seule lecture de la partition, j’ai donc pu m’appuyer, avec un temps de retard, sur leurs voix !

Aujourd’hui, concert. Mince, je n’ai pas pu m’y rendre pour cause d’engagements préalables à la paroisse. Mes plates excuses étants fournies, je n’ai rejoint le groupe que lors de la fiesta qui s’est ensuivie. Gengiskan, c’est le nom du plat que nous avons dégusté au restaurant ce soir. Viande d’agneau grillé au barbecue, arrosé de saké ou de bière de Sapporo, au choix, ou pas au choix pour ceux qui n’hésitent pas à mélanger. Je dois bien avouer que ces agapes sont sympathiques. Le Japon que j’aime transparaît ici. (Je ne devrais pourtant pas aimer cela, en bon français que je suis). Chacun est prévenu à l’avance de son devoir de faire un speech à toute la tablée, chacun à son tour, selon un thème déterminé : Comment s’est passée cette année, quels sont les projets pour l’année prochaine, et enfin, un petit mot « libre » en plus. Le responsable des premières voix de ténor interpelle ses ouailles pour qu’elles s’y collent chacune à son tour, celui des deuxièmes voix ensuite, et enfin celui des baritons. Il est évident que je n’écoute que très peu le speech des uns et des autres, préoccupé par ce que je pourrais bien raconter d’original dans mon japonais à jamais balbutiant. Donc mon tour arrive, je me lève et je manque de me cogner au plafond...

函館合唱団演奏会
函館合唱団演奏会

« Je suis bien content d’avoir intégré cette chorale, et je vous suis reconnaissant de m’avoir accueilli ! (applaudissements) Cette année, j’ai 40 ans, je fais 115 kilos, et je mesure 1 mètre et 88 centimètres (premier sujet). L’année prochaine, j’aurai 41 ans, je ferai 120 kilos et je mesurerai 1 mètre et 90 centimètres ! Tout le monde a ri : hein, tu grandis toujours ? (deuxième sujet) Enfin, je m’y efforcerai ! Et à votre bon cœur ! (troisième sujet) »

L’originalité tient dans l’incongruité !

Nous aimons chanter. Nous vibrons au diapason de la belle musique. Je suis pour ma part ébahi de constater à quel point chacun met tout son cœur pour que le son de sa voix unique s’entremêle harmonieusement à celle des autres. Ainsi jaillit une œuvre étonnante qui nous transporte au niveau de l’art.

Pour dire la vérité, je ne pensais pas que puissent jaillir de mon gosier des œuvres pour moi hors de porté. Mais ma voix est portée par la leur, et inversement. Ce soir, monsieur Iyami, avec lequel j’ai discuté longuement, m’a fait le détail des progrès effectués. J’en étais le premier étonné. Il a l’habitude d’en entendre des voix, lui qui baroude dans ce milieu depuis cinquante ans. Je ne peux pas le soupçonner de flatterie inconsidérée. J’en conclue que la progression est le fait de l’harmonie des voix qui se portent mutuellement les unes les autres. Étrange mystère que celui de la solidarité !

Je n’ai pas intégré ce groupe pour les concerts, mais pour chanter et vivre cette rencontre épisodique entre choristes. Je constate que l’amitié cimente ces relations et j’en suis heureux.

Mais j’espère être de la partie pour le prochain concert !

1er décembre 2007, Origenius

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  • Voix d’hommes !

    4 décembre 2009, Loulou el grand’ Conquistador

    Avant de lire ce précieux texte (au sens rare et extraordinaire) je ne savais pas que tu chantais dans cette chorale de « voix d’hommes » japonaise. Maintenant que je découvre en silence puisque tu n’as pas encore découvert le « son » sur ton site je t’avertis que dorénavant quand tu reviendras du Japon « pays du soleil levant » mais aussi pays des chorales de« voix d’hommes » semble t’il, et que tu viendras te ressourcer auprès de tes copains de France et d’Orléans surtout, tu ne pourras échapper à un petit concert improvisé que tu nous offriras avant de passer aux agapes traditionnelles de nos retrouvailles quasi quinquennalles.
    Indépendemment de cela, c’est vrai qu’après une ou deux heures à table en compagnie des copains Hervé et Thierry on aurait pu imaginer que tu avais une voix de basse, mais il est possible que l’effet conjugué, d’un bon pâté, d’un saucisson de chez nous, d’un kg de pâtes à la bolognaise, d’un bon plateau de fromage, d’un gateau de chez le boulanger du coin, le tout arrosé d’un petit apéro, d’une bonne bouteille (pourquoi une ?) et d’un bon digestif, que tout cela transforme ta voix de Bariton en Basse. Alors promis, tu chanteras deux fois la prochaine fois que tu nous reviendras du japon, avant le repas et après !
    Nous pourrons juger sur pièce ou mieux de toutes nos oreilles !!!
    A bientôt en France à Orléans.
    Loulou.

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